3 questions à Benoît Collardelle de Scène&Act


> La Bulle, c’est quoi ?

Nous avons vocation, au sein de Scen&Act, à imaginer des outils adaptés à une problématique particulière, souvent originaux par nécessité, qui puissent répondre à la question de l’aménagement du spectacle dans l’espace public.

Répondre à la demande d’un théâtre itinérant relevait pour nous d’un triple défi : trouver une forme générale séduisante et appropriée, élaborer les solutions techniques les plus efficaces ... et demeurer dans le cadre d’un budget raisonnable.

Nous nous sommes assez vite orientés vers un espace gonflable, en nous appuyant sur le travail de Hans-Walter Müller, qui cristallisait l’ensemble des qualités que nous recherchions pour le "chapiteau" : une forme esthétique et originale, qui puisse à la fois s’inscrire harmonieusement dans le paysage et offrir de réels avantages en termes de montage, de démontage et de transport.
Notre rencontre nous a conforté dans notre volonté de travailler avec Hans-Walter Müller. Sa longue expérience en matière d’espaces modulaires et spectaculaires et sa constante volonté d’innover, tant aux plans technique qu’esthétique, correspondent parfaitement à ce que nous désirons mettre en œuvre au sein de Scen&Act.

> Quelles en sont les autres innovations, du point de vue technique notamment ?

Les deux principales innovations techniques, caractéristiques de l’aménagement de la Bulle, sont le grill et les lumières

La lumière tient une part essentielle dans la scénographie d’une salle de spectacle. L’éclairage par LEDs, sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années et qui, très littéralement, révolutionne la lumière, nous a paru parfaitement adapté à la Bulle : la légèreté des projecteurs, leur faible consommation d’énergie alliée à une durée de vie considérable et à une maintenance réduite a minima, ainsi que la modularité offerte aux éclairagistes constituent autant d’avantages dans la conception comme dans l’exploitation d’un théâtre itinérant.

Nous pouvions dès lors imaginer une structure nettement plus légère pour accrocher les projecteurs au-dessus de la scène. Deux mats supportent le grill au lieu des quatre habituels, conférant à la structure une légèreté esthétique et matérielle ainsi qu’un angle de vision nettement plus large pour le public. Un système de type gréement naval, à base de haubans et de vergues et éprouvé de longue date dans la marine, porte et maintient l’ensemble de la structure.

La scénographie intérieure répond ainsi à l’espace gonflable, réalisé et conçu dans un même esprit d’innovation et de souci de l’efficacité de nos solutions.

> Dans quelle mesure votre projet est-il issu d’une collaboration ?

Le principe collaboratif est inscrit dans le fonctionnement même de Scen&Act. Chacune des personnalités qui constituent l’équipe apporte des talents et compétences complémentaires. La scénographie répond à l’ingénierie, la technique à l’esthétique, l’acoustique à la vision...
Je fais en sorte de réunir, dés l’origine du projet et dans le cadre d’une réflexion globale, les talents nécessaires à une conception ambitieuse.
Chacun peut dès lors faire mûrir le projet, nous permettant du même coup d’y apporter les réponses les plus pertinentes.


3 questions à Hans-Walter Müller


> En quoi votre conception des gonflables change-t-elle la notion de l’espace ?

Un espace gonflable est un lieu neutre, qui permet au spectacle de prendre toute sa place. Le spectateur n’est agressé en rien. Rien, dans l’espace qui accueille le spectacle, ne vient distraire son attention. Il peut dès lors se consacrer à 100% au spectacle.

C’est par ailleurs un lieu fonctionnel, sans prétention, qui permet de créer un espace sans séparation entre les artistes et le public et, du même coup, de conserver un lien direct entre ces derniers.

Par ailleurs, un gonflable est conçu dans l’idée selon laquelle tout esprit, toute forme peut s’y développer. Il n’y a pas de rupture entre le sol, les murs et le plafond, ni parasitage ni rupture d’aucune sorte.

Enfin c’est un lieu aérien, en rupture avec tout ce que nous connaissons, puisqu’en temps normal, tout le temps et partout, l’architecture est soumise par nature à la gravité. Dans toute construction en dur se pose la question de la pression exercée par le bâtiment lui-même sur sa structure sous-jacente, l’idée consistant à trouver le chemin le plus court et le plus efficace pour transmettre les forces exercées par la masse du bâtiment jusqu’au sol. D’où la nécessité de fondations solides, complexes et pesantes, capables d’absorber ce retour de forces.

Dans un gonflable, pas de fondations, pas de pesanteur, mais simplement la mécanique des fluides en action, une solution élégante et simplissime : l’air joue le rôle de fluide porteur et de climatiseur. Une surpression de quelques millibars seulement - entre un et trois - suffit à porter la structure, tout en amenant l’air ambiant à la température idéale. Cela correspond, pour vous donner une idée, à la pression ressentie lorsque vous plongez votre tête sous l’eau à 3 centimètres en dessous de la surface. 

> Comment définiriez-vous votre métier ?

Je me considère comme un architecte-couturier, on pourrait dire que je construis des pantalons géants dans lesquels je vis. Je choisis ma matière comme le ferait un styliste et je l’assemble, en créant la forme. Je commence par tracer des gabarits, des patrons pourrait-on dire, à partir desquels je vais pouvoir découper des pans de toile qui seront ensuite assemblés par couture ou, mieux, par soudure thermoplastique.

Pour poursuivre l’analogie du stylisme, un vêtement bien coupé tombe naturellement et habille harmonieusement le corps qui le porte. Une couture mal ajustée, une courbe mal dessinée et ce qui devrait normalement correspondre à un magnifique vêtement devient subitement ordinaire, voire laid. De la même façon, si je me trompe dans le tracé, ou dans le découpage de mes gonflables, je vais me retrouver avec des plis disgracieux qui correspondent, au plan physique, aux endroits où la pression de l’air est inégale, à une rupture d’harmonie en quelque sorte.

> Comment avez-vous intégré votre concept de gonflable au projet de la "Bulle" ?

Le principe du gonflable doit, à l’instar d’un chapiteau de cirque, provoquer un émerveillement...éphémère.
Il transforme un lieu naturel ou urbain en un lieu spectaculaire; un espace gonflable ne s’impose pas, mais il est disponible pour tous ceux qui veulent s’en approcher.

Un gonflable réunit la plupart des qualités caractéristiques de cet émerveillement éphémère : une fois plié, sa peau ne pèse que quelques dizaines de kilos, et pourrait sans difficulté tenir dans une petite malle; un gonflable est par nature dégonflable. Ce qui, quelques minutes plus tôt, occupait 300 m2 au sol et s’élevait à 10 mètres de hauteur peut, quelques minutes plus tard, disparaître et tenir dans une petite caisse.

Apparitions, disparitions, on se retrouve-là en plein dans l’univers du spectacle.

Ainsi, cette ergonomie naturelle du gonflable s’adaptait particulièrement bien à l’idée d’une salle de spectacle itinérante. Une structure légère, facilement transportable et aisée à mettre en œuvre, suffisamment extraordinaire pour susciter l’intérêt des habitants, et susceptible de s’installer sur un site en quelques heures, avant de reprendre son chemin en laissant le site intact. 


> A découvrir / conférence de Hans Walter Müller en ligne
http://www.pavillon-arsenal.com/videosenligne/collection-4-62.php


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